Journal >
05.09.2026

L'écart de revenus varie selon les territoires

La répartition des revenus dans les couples ne suit pas la carte de la richesse comme on l'attendrait. Les territoires les plus aisés affichent les écarts les plus marqués, et le paradoxe s'explique par la structure des emplois plus que par les mentalités.

une personne au soleil couchant qui fait du vélo sur la plage. Illium l'application de l'amour pour les célibataires et les couples.

Une géographie qui prend à contre-pied

L'écart de revenus dans le couple varie selon les territoires, mais pas dans le sens attendu. En Île-de-France, la contribution des femmes au revenu du couple est la plus élevée là où les revenus sont les plus faibles.

L'intuition la plus répandue dit l'inverse. Elle veut que l'égalité des revenus dans le couple progresse avec le niveau de vie et le niveau de diplôme.

Les données territoriales disent autre chose. Et l'écart avec l'intuition est spectaculaire.

L'Insee Île-de-France a mesuré cette répartition à partir de données fiscales portant sur 2018, à l'échelle des départements et des communes. Son constat tient en une phrase : la contribution des femmes au revenu du couple est la plus élevée là où les revenus sont les plus bas.

Le contraste francilien, département par département

L'Île-de-France offre le terrain de comparaison le plus net. Elle réunit sur un espace réduit les extrêmes de la distribution nationale.

En Seine-Saint-Denis, département le plus modeste de la région, les femmes apportent 43 % du revenu du couple. Dans les Yvelines, l'un des plus aisés, elles en apportent 39 %.

Le classement est inverse de celui qu'on attendrait.

Le département où la répartition est la plus équilibrée est aussi celui où les revenus sont les plus faibles.

Le contraste s'accentue à l'échelle des communes. Dans les arrondissements parisiens les plus riches, au Vésinet et à Neuilly-sur-Seine, les couples déclarent souvent plus de 150 000 euros par an. La contribution des femmes y descend à 30 à 35 %.

Département modesteSeine-Saint-DenisLes femmes apportent 43 % du revenu du couple.
Département aiséYvelinesLes femmes apportent 39 % du revenu du couple.
Communes les plus richesParis, Le Vésinet, Neuilly-sur-SeineLes femmes apportent 30 à 35 % du revenu du couple.
Insee Île-de-France, données 2018.

L'ordre de grandeur est net. La répartition la plus déséquilibrée s'observe là où les revenus du foyer sont les plus élevés. L'écart avec les communes modestes atteint une dizaine de points.

À l'échelle régionale, le résultat se confirme : les couples modestes et moyens affichent une contribution féminine de 45 %, contre 34 % chez les couples aisés.

L'explication tient à la structure des emplois

Ce paradoxe n'a rien de mystérieux. Il suffit de regarder ce que recouvrent ces catégories de revenus.

Un couple à hauts revenus comporte très souvent un poste très bien rémunéré : cadre dirigeant, profession libérale ou métier de la finance. Ce poste est occupé plus fréquemment par un homme.

Un second revenu, même confortable, pèse peu à côté d'une rémunération très élevée.

La proportion s'écrase mécaniquement. Dans un couple à revenus modestes, au contraire, les deux salaires se situent dans une plage étroite, souvent autour du salaire médian. Leurs parts se rapprochent d'elles-mêmes.

L'Insee documente le mécanisme sous-jacent à l'échelle nationale. Sur les 21,8 % d'écart de revenu salarial mesurés en 2024, 10,4 points tiennent à la ségrégation professionnelle, c'est-à-dire à l'accès inégal aux postes les mieux rémunérés.

Cette ségrégation joue d'autant plus fort qu'on monte dans la distribution des salaires. C'est en haut que se trouvent les postes concernés.

Un second mécanisme s'ajoute au premier. Les métiers très rémunérateurs supposent souvent une disponibilité horaire élevée, difficile à combiner avec la charge domestique. Une partie des candidats s'en trouve écartée de fait.

Ces deux mécanismes se renforcent. Ils suffisent à expliquer la carte, sans qu'il faille invoquer des différences de mentalité entre territoires.

Le mot égalité recouvre ici deux choses opposées.

Une répartition équilibrée peut signaler des ressources comparables. Elle peut aussi signaler simplement l'absence de très hauts revenus dans le foyer.

Les limites de cette mesure

Une précaution méthodologique s'impose avant de tirer des conclusions de cette carte.

Ces données mesurent la part de chacun dans le revenu déclaré du foyer. Elles ne disent rien de ce que chacun peut dépenser, ni de qui décide des achats importants.

Un couple aux revenus proches peut fonctionner de manière très inégalitaire. L'inverse est vrai aussi. Le partage effectif des ressources échappe entièrement à la déclaration fiscale.

Le temps de travail domestique lui échappe également. Il n'apparaît dans aucune déclaration, et il pèse lourdement dans l'équilibre réel d'un foyer.

Une contribution de 43 % ne signifie pas une organisation plus juste.

Elle signifie une répartition plus équilibrée des revenus monétaires déclarés. Cette limite vaut pour l'ensemble des chiffres de ce sujet.

Une deuxième limite tient à l'échelle. Une moyenne départementale rassemble des situations très hétérogènes. Deux communes voisines du même département peuvent afficher des profils opposés.

Une troisième tient à la date des données, qui portent sur 2018. La composition sociale d'un territoire évolue lentement. Une décennie suffit pourtant à modifier sensiblement une carte de ce type.

Les revenus équivalents, une situation rare

Un dernier indicateur mérite d'être isolé. C'est le plus parlant de tous.

L'Insee a compté les couples où les deux revenus sont proches, en retenant un écart inférieur à 10 %. Cette configuration ne concerne que 14 % des couples franciliens.

14 %des couples franciliens perçoivent deux revenus équivalents, à moins de 10 % d'écart.Insee Île-de-France, données 2018

Autrement dit, dans près de neuf couples sur dix, l'un des deux gagne nettement plus que l'autre.

Une nuance régionale complète le tableau. En Île-de-France, 25 % des femmes gagnent davantage que leur conjoint, contre 22 % dans le reste de la France. Cela tient au poids des emplois qualifiés dans la région.

L'écart moyen défavorable aux femmes y atteint 32 %, soit environ 1 180 euros par mois, contre 850 euros à l'échelle nationale.

Ces écarts régionaux tiennent surtout au niveau général des revenus. Un même écart relatif de 32 % produit des montants très différents selon qu'il s'applique à des salaires franciliens ou provinciaux.

Ces montants mensuels sont sans doute la manière la plus concrète de se représenter le sujet. Ils rejoignent ce que décrivent le tri social des couples et le coût d'une vie à une seule personne.

Sources

Insee Analyses Île-de-France n° 151, En Île-de-France, dans 14 % des couples, la femme et l'homme perçoivent un revenu équivalent, mars 2022, données Fidéli 2019

Insee Première n° 1492, Écarts de revenus au sein des couples, données 2011, enquête Revenus fiscaux et sociaux

Insee Focus n° 377, Écart de salaire entre femmes et hommes en 2024

Insee, Erwan Pouliquen, Dans quatre couples sur dix, les deux conjoints appartiennent au même groupe social, France, portrait social, 2023

Prêt ?

Lancez-vous

Dix minutes, et votre profil est fait. Vous pouvez scanner qui vous voulez dès maintenant, et vous le retrouverez dans l'application sans avoir à recommencer.

Aucun compte requis pour commencer.

Pas le temps maintenant ? Recevez le lien du test, vous le ferez quand vous voudrez.

C'est noté. Le lien du test arrive dans votre boîte mail.
Oups, l'envoi n'a pas fonctionné. Vérifiez votre adresse et réessayez.

Un seul email. Rien d'autre sans votre accord. Désinscription à tout moment.