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05.09.2026

Combien de personnes déclarent être lassées des applications

Un chiffre à 78 % et un chiffre à 9 % circulent sur le même sujet sans se contredire, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose. Revue des données disponibles sur la lassitude déclarée, l'usage réel et le marché, avec ce que chacune vaut.

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Minutes de lecture

Trois familles de chiffres qu'on mélange sans arrêt

Sur ce sujet, les chiffres qui circulent vont de 9 % à 78 %. De quoi éveiller la méfiance.

Ils ne se contredisent pourtant pas. Ils appartiennent à trois familles distinctes, et l'essentiel du bruit vient de ce qu'on les cite les uns à la place des autres.

La première mesure des sentiments déclarés. La deuxième mesure des usages observés : téléchargements, utilisateurs actifs, retours après interruption. La troisième mesure de l'argent, c'est-à-dire des abonnements.

Un chiffre de sentiment et un chiffre d'usage ne se contredisent pas, ils ne parlent simplement pas de la même chose.

78 %, et ce que cache ce chiffre

Le plus repris vient d'une enquête menée par OnePoll pour Forbes Health du 27 mars au 1er avril 2024, auprès de mille adultes américains ayant utilisé une application dans l'année. Marge d'erreur annoncée : 3,1 points.

Résultat : 78 % déclarent avoir ressenti une forme d'épuisement liée aux applications, parfois, souvent ou toujours.

Le chiffre est solide pour ce qu'il mesure, à condition de lire la question. Elle inclut le mot parfois, ce qui suffit à faire entrer dans le total toute personne ayant connu une soirée de trop.

Les taux par génération le confirment : 80 % chez les millennials, 79 % chez la génération Z, 78 % chez la génération X, 70 % chez les baby-boomers. Quand un phénomène frappe toutes les générations dans un mouchoir de poche, la question posée y est souvent pour quelque chose.

Les motifs cités valent mieux que le total.

  • Absence de connexion satisfaisante : 40 %
  • Déception à l'égard des personnes rencontrées : 35 %
  • Sentiment d'être éconduit : 27 %
  • Conversations répétitives : 24 %
  • Quantité de balayages : 22 %
  • Temps passé : 21 %

Le Pew Research Center, en février 2023, prend un autre angle : l'expérience globale plutôt que la fatigue. 53 % des Américains ayant utilisé ces plateformes en gardent une impression plutôt positive, 46 % plutôt négative. Sur les usages récents, 36 % se sont sentis dépassés par le volume de messages, et 55 % font état d'une insécurité liée à ce volume, dans un sens ou dans l'autre.

Les données d'usage, plus sobres et plus nettes

Sensor Tower relevait pour 2024 un recul des téléchargements mondiaux de l'ordre de 9 % sur un an, et un recul des utilisateurs actifs mensuels d'environ 3 %. La plus grosse application du secteur perdait à elle seule quelque 11 % de ses utilisateurs actifs. Le marché américain, plus mûr, reculait davantage, autour de 14 % sur les téléchargements.

Un indicateur plus discret mérite l'attention : la part des utilisateurs qui reviennent après une interruption, passée de 11 % en 2020 à 8,4 %.

Il ne mesure pas la fatigue. Il mesure sa réversibilité. Quitter une application n'a longtemps rien eu de définitif ; ce chiffre suggère que ça l'est un peu plus souvent qu'avant.

Ces séries ont un avantage décisif sur les sondages : elles enregistrent ce que les gens font, pas ce qu'ils acceptent de dire.

Elles ont un défaut symétrique. Un téléchargement en moins peut signifier un renoncement, une rencontre réussie, un changement d'application, ou simplement un marché arrivé à maturité où presque tous ceux qui pouvaient s'inscrire l'ont fait. Les quatre hypothèses produisent la même courbe.

L'argent, qui ne mesure pas non plus la même chose

En 2025, Business of Apps a enregistré le premier recul annuel du chiffre d'affaires du secteur depuis sa création : de l'ordre de 2 %, à six milliards de dollars, l'Amérique du Nord pesant plus de la moitié du total. Les trajectoires diffèrent fortement d'une plateforme à l'autre.

Ce recul est en partie attribué à la résistance des utilisateurs devant la hausse des prix et l'intensification de la monétisation.

Ce n'est donc pas un indicateur de lassitude affective. C'est un indicateur de consentement à payer. Les deux peuvent parfaitement évoluer en sens contraire.

Le chiffre français, et ce que personne ne mesure

Aucune enquête française récente ne mesure la lassitude déclarée avec la solidité méthodologique des travaux américains cités ici. Lacune réelle, qu'il vaut mieux signaler que combler par une extrapolation.

Ce dont on dispose vaut mieux qu'un taux de fatigue.

À partir de l'enquête Erfi2, l'Ined établit que 24 % des premiers couples ayant commencé à cohabiter entre 2020 et 2024 se sont rencontrés en ligne, tandis que la part des rencontres en soirée, bal ou boîte de nuit est tombée de 29 % dans les années soixante et soixante-dix à 9 % aujourd'hui.

Gardez ce second chiffre. Il signifie qu'un quart des couples récents doit quelque chose à ces outils, et que les lieux qui les précédaient ont très largement disparu.

La lassitude s'exprime donc à l'égard d'un instrument qui fonctionne pour une partie substantielle de ses utilisateurs, et dont les alternatives collectives se sont raréfiées.

Restent de larges zones d'ombre, et il vaut mieux les nommer. Aucune de ces séries ne dit combien de temps sépare l'inscription du découragement. Aucune ne distingue l'arrêt pour cause de réussite de l'arrêt pour cause de renoncement, alors que les deux produisent la même ligne. Aucune ne compare les territoires, alors que le vivier n'a rien de commun entre une métropole et un département peu dense.

Surtout, aucune ne mesure ce sur quoi les gens se sont trompés en choisissant. C'est pourtant la question qui commande tout le reste, et celle que le mot fatigue recouvre sans la nommer. On sait en revanche chiffrer ce qu'un critère retire d'un vivier, et le calcul est instructif.

Sources

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