
Inventaire complet des chiffres publics sur la répartition des revenus dans les couples français : montants annuels et mensuels, parts, distributions, évolutions sur trente ans, écarts territoriaux, et ce que ces mesures ne capturent pas.

Dans un couple français, la femme perçoit en moyenne 16 700 euros de revenu individuel par an, contre 29 000 euros pour l'homme. Ces chiffres viennent de l'Insee, à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux menée sur plus de 55 000 ménages.
Les proportions sont utiles. Les montants parlent davantage. L'écart représente ici 42 % du revenu masculin.
Rapporté au mois, l'écart moyen entre conjoints s'établit à environ 850 euros en France. Il monte à 1 180 euros en Île-de-France, où les revenus sont plus élevés.
Le même écart se lit en parts du revenu du foyer. Cette mesure permet de comparer des couples aux niveaux de vie très différents.
Les femmes apportent en moyenne 36 % des revenus du couple, contre 33 % dix ans plus tôt.
Cette moyenne recouvre une distribution étalée. L'Insee la détaille en quatre groupes de taille comparable.
Trois femmes sur quatre gagnent donc moins que leur conjoint. Une sur quatre gagne autant ou plus.
La distribution est remarquablement étalée. Aucun des quatre groupes ne rassemble moins de 23 % ni plus de 28 % des couples.
Cette distribution interdit de parler d'une situation typique.
Une mesure complémentaire cerne les situations d'équilibre réel. En retenant un écart inférieur à 10 % entre les deux revenus, l'Insee ne compte que 14 % de couples franciliens dans ce cas.
Cinq découpages font varier la contribution féminine. Leurs amplitudes méritent d'être comparées.
Le régime d'activité produit l'écart le plus large. La contribution féminine atteint 44 % quand les deux travaillent à temps plein, 34 % quand la femme est à temps partiel, 13 % quand seul l'homme occupe un emploi.
Le nombre d'enfants suit : 39 % sans enfant, 27 % à partir de trois.
Le diplôme joue plus modestement : 39 % quand les deux conjoints sont diplômés du supérieur, 31 % quand aucun ne l'est.
Le statut matrimonial sépare nettement : 34 % chez les couples mariés, contre 41 % en union libre et en pacs.
L'âge enfin : 39 % entre 20 et 30 ans, 35 % entre 50 et 60 ans.
Le régime d'activité est, de loin, le facteur le plus discriminant de tous.
Trente et un points séparent en effet les couples à deux temps pleins de ceux où un seul conjoint travaille. Les autres facteurs produisent des écarts de quatre à douze points.
Le mot choix mérite ici la même prudence qu'ailleurs dans ce sujet. Un temps partiel peut être souhaité. Il peut aussi être imposé par un employeur, ou rendu nécessaire par un mode de garde introuvable. Les statistiques ne distinguent pas ces trois cas.
Trois séries nationales, plus récentes, éclairent ce qui précède.
L'écart de revenu salarial entre femmes et hommes s'établissait à 21,8 % en 2024. Il se décompose en 9,1 points de volume de travail et 14,0 points d'écart en équivalent temps plein.
Sur ces 14 points, 10,4 tiennent à la ségrégation professionnelle et 3,6 à un même emploi dans un même établissement.
Sur longue période, cet écart de revenu salarial est passé de 33,7 % en 1995 à 21,8 % en 2024. Il a donc baissé de 11,9 points en trente ans.
Le rythme ralentit toutefois : 0,4 point de recul en 2024, contre 0,9 point par an entre 2019 et 2023.
Reste l'effet de la parentalité. Cinq ans après le premier enfant, les mères perçoivent environ 25 % de revenus salariaux en moins. Chez les pères, on n'observe aucun écart significatif.
Cette dernière série est la plus récente à porter directement sur des trajectoires individuelles suivies dans le temps. Elle a donc une valeur particulière parmi les chiffres réunis ici.
Ces chiffres ont des limites. Mieux vaut les poser que les taire.
La première tient au patrimoine. Toutes ces mesures portent sur les revenus, jamais sur ce que chacun possède. Or l'écart de patrimoine peut différer complètement de l'écart de revenus.
La deuxième tient à l'usage.
Savoir qui apporte quoi ne dit rien de ce que chacun peut dépenser librement.
Cela ne dit pas non plus qui décide des achats importants.
La troisième tient au travail domestique. Il est absent de toute déclaration fiscale, et son volume pèse lourdement dans l'équilibre réel d'un foyer.
La quatrième tient aux dates. Le chiffre de 36 % repose sur des données de 2011, la carte territoriale sur 2019, l'écart salarial sur 2024. Ces séries ne se rapportent pas au même moment.
Cette dernière limite mérite d'être prise au sérieux. La contribution féminine progressait de trois points par décennie sur la période mesurée. Cela suggère un niveau actuel un peu supérieur à 36 %, mais aucune publication récente ne permet de le chiffrer.
Ces limites n'entament pas les ordres de grandeur, qui convergent d'une source à l'autre.
Pour aller plus loin : ce que la loi prévoit quand rien n'a été décidé, et le coût réel d'une vie à une seule personne.
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