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05.09.2026

Pourquoi l'écart de revenus se creuse dans les couples

L'écart de revenus entre conjoints ne s'explique pas d'abord par une différence de salaire à poste égal. Il se construit par la ségrégation des métiers, le temps partiel et surtout par l'arrivée du premier enfant, dont l'effet est mesuré et considérable.

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Minutes de lecture

Un écart massif, et rarement discuté

Commençons par le fait qui cadre tout le reste.

L'Insee, à partir de l'enquête Revenus fiscaux et sociaux portant sur plus de 55 000 ménages, établit que trois femmes sur quatre vivant en couple gagnent moins que leur conjoint.

L'écart moyen est considérable. Les femmes en couple percevaient un revenu individuel de 16 700 euros contre 29 000 euros pour les hommes, soit une différence de 42 %.

Ramené à l'échelle du foyer, cela signifie que les femmes apportent en moyenne 36 % des revenus du couple, contre 33 % dix ans plus tôt.

La progression est réelle et lente. Elle tient surtout à la hausse du taux d'emploi féminin, passé de 70 % à 75 % sur la même période.

L'écart de revenus dans un couple ne se creuse pas à l'embauche, il se creuse à la naissance du premier enfant.

Le salaire à poste égal n'explique presque rien

La première explication qui vient à l'esprit est la discrimination salariale directe. Elle existe, elle est mesurée, et elle ne représente qu'une petite part du total.

L'Insee décompose l'écart de revenu salarial entre femmes et hommes, qui s'établissait à 21,8 % en 2024.

Sur ces 21,8 points, 9,1 tiennent au volume de travail : les femmes sont moins souvent en emploi sur l'année et occupent davantage de postes à temps partiel.

Les 14 points restants correspondent à l'écart en équivalent temps plein. Et sur ces 14 points, 10,4 s'expliquent par la ségrégation professionnelle : des métiers différents, des secteurs différents, un accès inégal aux postes les mieux rémunérés.

Il reste 3,6 points pour un même emploi dans un même établissement.

Autrement dit, la part de l'écart qui correspond à deux personnes faisant le même travail au même endroit représente environ un sixième du total.

L'essentiel se joue donc avant, dans l'orientation, dans les métiers exercés et dans le nombre d'heures travaillées.

Cette décomposition a une conséquence directe sur la manière de lire le sujet. Un couple qui se forme n'hérite pas d'une différence de traitement, il hérite de deux trajectoires professionnelles déjà distinctes.

L'arrivée du premier enfant, mécanisme central

Un travail de l'Insee publié en 2019 isole l'effet le plus déterminant, en suivant des salariées du secteur privé entre 2005 et 2015.

Cinq ans après la naissance du premier enfant, les mères perdent environ 25 % de leurs revenus salariaux par rapport à une trajectoire comparable sans enfant.

Le salaire horaire baisse d'environ 5 % par enfant, et cette baisse persiste au moins cinq ans.

Du côté des pères, la même étude ne relève aucun écart significatif. Le revenu du travail et chacune de ses composantes restent pratiquement inchangés.

Ce résultat est le plus important de tout ce sujet. L'écart ne se creuse pas progressivement au fil d'une carrière ; il s'ouvre à un moment précis, et il ne se referme pas ensuite.

Les données de l'Insee sur les couples le confirment par un autre chemin. La contribution des femmes au revenu du foyer passe de 39 % dans les couples sans enfant à 27 % dans ceux qui en ont trois ou plus.

Une inégalité qui frappe très inégalement

Un second résultat de la même étude mérite d'être exposé, parce qu'il contredit l'idée d'un phénomène uniforme.

L'effet de l'arrivée d'un enfant varie énormément selon la position dans la distribution des salaires.

Chez les 5 % de femmes les moins bien rémunérées, la baisse atteint 38 à 40 % après le premier enfant, puis 50 % au deuxième et 57 % au troisième.

Chez les 5 % les mieux rémunérées, elle est presque nulle, de l'ordre de 5 à 7 %.

Pour les bas salaires, cette baisse se décompose en trois éléments : une réduction ou une cessation d'activité, une diminution du nombre de jours rémunérés, et une baisse du nombre d'heures par jour.

Un dernier chiffre complète le tableau, et il va dans l'autre sens. Chez les hommes les mieux rémunérés, l'arrivée d'un enfant s'accompagne d'une hausse d'activité de 12 à 17 %.

Le même événement produit donc des effets opposés selon le sexe et selon le niveau de salaire.

Ce résultat déplace la question d'un cran. L'écart de revenus n'est pas seulement une affaire de rapport entre les sexes, il est aussi une affaire de position sociale, et les deux se cumulent.

L'effet à l'intérieur du couple

Reste à voir ce que cette différence produit à l'intérieur du foyer, ce qui est l'objet de tout ce sujet.

Les enquêtes déclaratives donnent une réponse rassurante. Sophie Ponthieux, pour l'Insee, relève que la majorité des femmes et des hommes estiment que les décisions importantes se prennent de manière équilibrée dans leur couple.

Une nuance apparaît pourtant dans les mêmes données. La liberté déclarée sur les dépenses personnelles augmente quand les revenus sont au moins partiellement séparés.

Le mot équilibre recouvre donc deux choses différentes : la manière dont les décisions se prennent, et la marge dont chacun dispose sans avoir à en parler.

Ce Journal ne porte aucun jugement sur la répartition des revenus dans un couple, qui ne regarde que les intéressés. Il note seulement que l'écart mesuré est important, qu'il a une cause identifiée, et qu'il est rarement discuté avant qu'il apparaisse.

C'est le même décalage que celui décrit dans les questions qu'un couple se pose trop tard et dans ce que le choix des comptes révèle sans le dire.

Sources

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