
Les chiffres qui circulent sur les inégalités de revenus dans le couple mesurent des réalités distinctes : le salaire à poste comparable, le salaire en équivalent temps plein, le revenu annuel et le niveau de vie du foyer. Définitions et ordres de grandeur.

L'écart de salaire, l'écart de revenus et l'écart de niveau de vie ne mesurent pas la même chose. Chacun produit donc son propre chiffre.
Une discussion sur les inégalités de revenus fait vite surgir des chiffres qui semblent se contredire. L'un annonce 3,6 %, l'autre 14 %, un troisième 21,8 %, un quatrième 42 %.
Tous sont exacts. Ils sont publiés par la même institution et calculés sans erreur. Ils ne mesurent simplement pas la même chose, et leur confusion alimente une bonne partie des désaccords sur ce sujet.
Le premier chiffre répond à une question précise : deux personnes occupant le même poste, dans le même établissement, avec le même profil, sont-elles payées pareil.
La réponse de l'Insee pour 2024 est 3,6 % en faveur des hommes. Cette mesure est la plus proche de ce qu'on appelle une discrimination salariale directe. C'est aussi la plus étroite.
Elle neutralise en effet tout ce qui a précédé : l'orientation scolaire, le métier choisi, le secteur d'activité, l'accès aux postes de responsabilité, le temps partiel.
Un écart de 3,6 % ne signifie donc pas que les inégalités s'arrêtent là. Il signifie que 3,6 points subsistent une fois tout le reste neutralisé.
Le deuxième chiffre élargit le cadre. Il compare les salaires ramenés à un temps plein, quel que soit le métier exercé. L'écart s'établit à 14,0 % en 2024.
La différence avec le chiffre précédent, soit 10,4 points, correspond presque entièrement à la ségrégation professionnelle. Elle recouvre trois réalités distinctes : les femmes et les hommes n'exercent pas les mêmes métiers, ne travaillent pas dans les mêmes secteurs, et n'accèdent pas également aux postes les mieux rémunérés.
Ce chiffre est celui qui décrit le mieux le marché du travail français.
Il compare en effet des personnes réelles occupant des emplois réels. La ségrégation professionnelle qu'il mesure ne relève pas d'une décision d'employeur. Elle tient d'une accumulation : des orientations scolaires, des secteurs qui recrutent différemment, des postes de responsabilité inégalement accessibles.
Il reste incomplet sur un point majeur. Il suppose tout le monde à temps plein sur l'année entière, ce qui n'est pas le cas.
Le troisième chiffre corrige précisément cette limite. Il compare ce que les gens ont réellement perçu dans l'année. L'écart atteint alors 21,8 %, et il se décompose en trois éléments.
Ces éléments se combinent sans s'additionner exactement : un volume de travail inférieur de 9,1 % vient s'ajouter à l'écart de 14,0 % en équivalent temps plein.
Cette mesure est la plus utile pour comprendre ce qui arrive dans un couple. Elle décrit l'argent effectivement disponible sur un compte à la fin du mois.
Les deux premières mesures répondent à des questions de justice salariale, et elles ont toute leur légitimité. La troisième répond à une question domestique, qui est celle de ce sujet.
Elle a beaucoup diminué sur longue période. L'écart de revenu salarial est passé de 33,7 % en 1995 à 21,8 % en 2024, soit une baisse de près de douze points en trente ans.
Le rythme récent ralentit toutefois : un recul de 0,4 point en 2024, contre 0,9 point par an entre 2019 et 2023. Ce ralentissement mérite d'être noté sans être surinterprété. Les variations annuelles de ce type d'indicateur sont fréquentes.
Une seule année ne fait pas une tendance.
La quatrième mesure introduit une notion différente, et elle produit un résultat déroutant.
L'Insee mesure le niveau de vie en divisant le revenu du ménage par un nombre d'unités de consommation : 1 pour le premier adulte, 0,5 par personne supplémentaire de 14 ans ou plus, 0,3 par enfant de moins de 14 ans.
Dans ce calcul, les deux membres d'un couple ont par construction le même niveau de vie, quel que soit l'écart entre leurs revenus individuels. Une convention statistique fait donc disparaître l'écart. Elle suppose que les ressources du ménage sont mises en commun et partagées également.
Cette hypothèse est commode. Elle n'est pas toujours vérifiée. Sophie Ponthieux relève que 63 % des couples français déclarent mettre totalement leurs revenus en commun, ce qui en laisse plus d'un tiers dans une autre situation.
Pour ce tiers, l'écart individuel produit un écart réel de ce que chacun peut dépenser. La mesure du niveau de vie le fait disparaître par construction.
Aucune statistique publique française ne mesure aujourd'hui la répartition effective des dépenses à l'intérieur d'un ménage. Cette dimension reste entièrement dans l'ombre.
Le mot ménage recouvre ici deux personnes traitées comme une seule unité. Il convient parfaitement pour comparer des foyers, beaucoup moins pour décrire ce qui se passe à l'intérieur.
Une convention statistique utile pour comparer des millions de foyers devient aveugle dès qu'on veut décrire ce qui se passe entre deux personnes.
L'ordre de grandeur qui compte pour un couple est donc celui-ci : les femmes en couple apportent en moyenne 36 % des revenus du foyer, avec un revenu individuel de 16 700 euros contre 29 000 euros, soit 42 % de moins. C'est cette réalité que traitent la manière dont les couples organisent leur argent et ce que la loi prévoit quand rien n'a été décidé.
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