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Les valeurs

Ce à quoi une personne tient, mesuré comme une hiérarchie de priorités. C'est le seul terrain de cette série qui porte directement sur les sujets qui font rompre, et le seul dont le lien avec la durée d'un couple ait été mesuré sur plus de cent mille personnes.

Deux mains qui se lèvent vers le ciel et sortent de fleurs qui représentent le vrai visage des individus et la libération. Illium l'application de l'amour pour les célibataires et les couples.

Ce qu'elle mesure

La compatibilité par les valeurs compare ce à quoi deux personnes tiennent, mesuré comme une hiérarchie de priorités. Une valeur n'est ni un trait ni un goût : c'est un principe qui guide un arbitrage, ce qu'une personne fait passer devant le reste quand elle est obligée de choisir.

La formalisation qui fait aujourd'hui référence est celle de Shalom Schwartz, proposée à partir de 1992. Dix valeurs de base. Disposées non pas en liste, mais en cercle : leur ordre reflète une structure de motivations qui se retrouve d'une culture à l'autre.

Autodétermination, stimulation, hédonisme, réussite, pouvoir, sécurité, conformité, tradition, bienveillance, universalisme. En 2012, le modèle a été affiné en dix-neuf valeurs plus étroites. Sa géométrie n'a pas changé.

Quatre pôles d'ordre supérieur organisent le cercle, sur deux axes.

Axe 1Ouverture au changementS'oppose à la continuité.
Axe 1ContinuitéS'oppose à l'ouverture au changement.
Axe 2Affirmation de soiS'oppose au dépassement de soi.
Axe 2Dépassement de soiS'oppose à l'affirmation de soi.

Cette géométrie est la théorie elle-même. Les valeurs voisines se renforcent, les valeurs opposées se contredisent. C'est ce qui en fait une structure, et non un inventaire.

La mesure se fait par des portraits. On présente une personne décrite en une phrase. Le répondant indique à quel point elle lui ressemble.

Reste ce que le modèle ne cherche pas à faire. Il ne dit pas si une valeur est bonne. Il décrit une hiérarchie, et les tensions qu'elle implique.

Comment ça fonctionne

Le cercle et ses deux axes

Poursuivre le pouvoir et poursuivre l'universalisme se contrarient : en pratique, les deux motivations s'excluent. Poursuivre la tradition et poursuivre la conformité se renforcent : elles vont dans le même sens.

C'est cette opposition qui distingue le modèle d'une simple liste de qualités. Elle prédit qu'une personne ne peut pas tout placer en haut de sa hiérarchie. Ses choix révèlent une position sur le cercle.

La conséquence est essentielle pour l'usage.

Un profil de valeurs est un classement, pas un niveau.

Ce qui compte n'est pas de savoir si quelqu'un tient à la sécurité. C'est ce qu'il fait passer avant elle.

La mesure et sa validation

L'instrument révisé, le Portrait Values Questionnaire dans sa version affinée, a fait l'objet d'une validation de très grande ampleur, publiée en 2021 par Schwartz et Cieciuch.

Quarante-neuf groupes culturels, 53 472 participants, trente-deux versions linguistiques. L'analyse reproduit l'ordre circulaire des dix-neuf valeurs prévu par la théorie, avec des coefficients de congruence très élevés.

53 472participants dans quarante-neuf groupes culturels.Schwartz et Cieciuch, 2021

Une précision s'impose, et elle mérite d'être écrite noir sur blanc. Cette validation porte sur la structure de la mesure. Pas sur l'idée que des valeurs proches feraient durer les couples. Ce sont deux affirmations différentes, et la seconde ne se déduit pas de la première.

Une approche française, par les mots

Un travail mené en France attaque le problème du déclaratif par un autre bout : la construction du questionnaire, plutôt que le traitement des réponses.

L'ethnologue Laurent Benarbia, coauteur du Marketing culturel et concepteur de la méthode Ethnostyles, a délibérément écarté les échelles d'accord habituelles, du type « tout à fait d'accord » à « pas d'accord du tout ».

Une question à laquelle on peut répondre en devinant ce qui est attendu mesure la réponse convenable plutôt que la personne. Il leur a substitué la notation, de 1 à 10, de corpus de mots.

« [Les spécialistes des sondages] restent à l'écart des motivations inconscientes des interviewés qui pourtant favorisent l'émergence des phénomènes qu'ils mesurent. De fait, cela les contraint à s'intéresser à l'écume plutôt qu'à la vague qui l'a produite, en ignorant la marée qui l'a rendue possible. »Laurent Benarbia, Les Îles-cultures, 2025

Son enquête a été menée en deux vagues auprès d'échantillons représentatifs, en juin 2019 puis en novembre 2022. Elle fait noter 72 rites, 175 mythes et valeurs, et 63 signes et totems.

Le traitement retient ensuite, pour chaque répondant, ce qui s'écarte de sa propre moyenne de notation. Pas sa distance à un Français moyen. Sa formule : seules les aspérités des notations de chaque individu sont retenues, car ce sont plus nos différences que nos ressemblances qui nous lient les uns aux autres.

C'est le principe de normalisation décrit plus bas, appliqué en amont. La projection en composantes principales fait apparaître huit sous-cultures françaises. Leurs poids se sont déplacés entre les deux vagues.

Le passage au couple

Deux voies existent. Comparer deux profils individuels. Ou employer un instrument conçu pour les couples, comme celui publié par Danioni et ses collègues en 2023 dans Personal Relationships.

Un problème technique se pose alors, et il est instructif. Les gens n'utilisent pas les échelles de la même façon. Certains notent haut partout, d'autres bas partout. Et presque tout le monde juge la plupart des valeurs importantes.

Comparer des notes brutes reviendrait donc surtout à comparer des styles de notation. C'est pourquoi les profils sont centrés sur la moyenne de chaque personne avant toute comparaison. Seule subsiste la hiérarchie interne des priorités.

Cette normalisation a un effet secondaire utile : elle rend la mesure difficile à orienter. Noter haut ne sert à rien. Pour la manipuler, il faudrait connaître la structure de ses propres écarts après traitement.

Les forces

La première force est le terrain couvert. Les valeurs portent sur les sujets qui mettent fin aux relations. Aucune des dix autres méthodes de cette série ne peut le revendiquer.

C'est aussi le seul terrain dont le lien avec la durée d'un couple a été mesuré à grande échelle. Un travail publié en 2025 dans Communications Psychology par Shani Mentser et Lilach Sagiv porte sur plus de cent mille participants, dans plus de cinquante-cinq pays, répartis en trois études.

« Le divorce est plus justifiable et plus probable dans les pays qui privilégient l'autonomie sur l'enracinement, et chez les individus qui placent l'autodétermination, la stimulation et l'hédonisme au-dessus de la tradition et de la conformité. »Mentser et Sagiv, Communications Psychology, 2025, traduit de l'anglais

Une seconde série d'études, publiée en 2023 dans Personality and Social Psychology Bulletin, décrit le mécanisme, et pas seulement la corrélation. Cinq études, environ 2 200 participants. Les personnes qui placent haut les valeurs de dépassement de soi, la bienveillance et l'universalisme, rapportent une qualité de relation nettement supérieure.

La corrélation moyenne s'établit à 0,28. C'est élevé pour cette littérature. À titre de repère, l'effet de l'attachement évitant, l'un des mieux établis du domaine, tourne autour de 0,29.

Les auteurs identifient par quoi cela passe : des attitudes plus favorables au pardon, à la fidélité et au sacrifice, une force communautaire plus grande, une motivation relationnelle plus intrinsèque.

Ce n'est pas une corrélation sans explication. C'est une chaîne décrite et testée.

La deuxième force est la stabilité. Les priorités d'un adulte bougent lentement. Bien plus lentement que ses goûts. Et bien plus lentement que le type que lui attribue un questionnaire de tempérament, d'une passation à l'autre.

La troisième est la résistance à la triche, pour la raison technique exposée plus haut. C'est probablement la mesure déclarative la moins orientable de cette série.

La quatrième est le calendrier. C'est peut-être la plus importante en pratique. Une comparaison de valeurs se fait avant la rencontre, à un moment où l'information ne coûte rien à donner et où personne n'a encore intérêt à l'arranger.

Deux personnes peuvent ainsi savoir qu'elles s'accordent sur la majorité de ce qui compte pour elles, sans s'être parlé. Aucune autre méthode de cette série ne le permet. La théorie triangulaire réclame une relation déjà formée. Les langages de l'amour, un couple constitué. L'attachement, une histoire à observer.

Reste la solidité de la structure elle-même, reproduite dans quarante-neuf groupes culturels. Peu d'instruments en sciences humaines tiennent aussi bien le passage d'une langue à l'autre.

Une dernière qualité est propre à ce terrain : les valeurs se discutent. Deux personnes ne peuvent pas décider d'être également extraverties. Elles peuvent en revanche décider de ce qu'elles font de leur désaccord sur la place du travail. À condition de savoir qu'il existe.

Les limites

La première réserve est la distance entre le déclaré et le vécu. Un questionnaire enregistre ce qu'une personne approuve. Et chacun approuve volontiers ce qu'il aimerait tenir pour important.

La normalisation par la moyenne de chacun limite ce biais, sans l'annuler. Trois autres points méritent d'être distingués, parce qu'ils ne portent pas sur la même chose.

1Acteur ou similaritéL'effet acteur et l'effet de similarité ne se confondent pas. L'étude sur le divorce relie les valeurs d'une personne à sa propre trajectoire, non la ressemblance entre deux conjoints à la durée de leur union. Sur la ressemblance elle-même, la littérature reste partagée : certains travaux la trouvent liée à la satisfaction, d'autres non.
2La similarité perçueElle joue ici comme ailleurs. Les résultats de Montoya en 2008 et de Tidwell en 2013 s'appliquent à ce terrain : croire qu'on partage des priorités produit des effets propres, indépendamment de ce qu'on partage réellement.
3Rien ne prédit l'attiranceLe test de 2017 de Joel, Eastwick et Finkel n'a trouvé aucune prédiction possible de la composante dyadique, et les valeurs n'y font pas exception. Elles renseignent sur ce qui peut tenir, pas sur ce qui va plaire.

Une cinquième limite tient à la photographie. Les priorités se déplacent avec les étapes de la vie. Un profil mesuré à vingt-cinq ans n'engage pas celui de quarante.

Reste une limite de forme. Un questionnaire de valeurs sérieux demande du temps. Et le temps est ce qu'on obtient le plus difficilement au moment d'une inscription.

Aucune méthode de cette série ne combine la rapidité, la stabilité et la pertinence.

Il faut choisir ce qu'on sacrifie.

En résumé

Les valeurs sont l'indicateur le plus fiable dont on dispose aujourd'hui pour savoir si, passé la rencontre, une relation peut tenir dans la durée. C'est le seul terrain de cette série dont le lien avec la durée d'un couple a été mesuré à grande échelle : plus de cent mille personnes, dans plus de cinquante-cinq pays.

Aucune autre méthode ne peut en dire autant. Les dix fiches précédentes décrivent une manière d'être, d'aimer ou de plaire. Les valeurs portent sur ce qui fait durer un couple ou le fait rompre : la famille, l'argent, le travail, la fidélité, la liberté.

Ce lien n'est pas une simple corrélation. Il est expliqué, par un mécanisme décrit et testé dans cinq études : le pardon, la fidélité, l'engagement dans la relation.

Et c'est la seule information de cette nature disponible avant même la première conversation, quand personne n'a encore intérêt à arranger ses réponses.

Rapportées aux trois conditions posées au fil de ces fiches, les valeurs sont d'ailleurs les seules à passer les trois. Elles restent stables dans le temps. Elles portent sur ce qui provoque réellement les ruptures. Elles résistent à celui qui voudrait orienter ses réponses.

Elles ne remplacent pas la rencontre. Personne ne sait prédire l'attirance entre deux personnes qui ne se sont pas rencontrées, et le tempérament ou la façon d'aimer comptent aussi.

Mais une fois la rencontre faite, elles disent mieux qu'aucune autre méthode si elle peut durer.

Pour aller plus loin

Au terme de ces onze fiches, une régularité se dégage. Chaque méthode décrit une manière d'être, d'aimer ou de réagir. Autrement dit, ce qui donne sa texture aux premiers mois.

Les ruptures, elles, se jouent ailleurs. La place des enfants. Le rapport à l'argent. Le poids de la famille, l'importance du travail, la fidélité, la liberté de mouvement.

Ces arbitrages sont connus des deux personnes dès le premier jour. Ils ne se disent qu'au bout de plusieurs semaines.

Ils arrivent quand l'attachement rend la conversation coûteuse. C'est ce décalage qui coûte cher, et il se compte en mois.

Aucune mesure ne dispense de faire connaissance. Aucune ne remplace ce qu'on apprend d'une personne en la fréquentant. Savoir dès le premier jour qu'on s'accorde sur l'essentiel change en revanche ce qu'on fait de ces mois-là.

C'est un gain modeste et concret. C'est aussi la seule chose qu'une comparaison faite avant la rencontre puisse honnêtement offrir. Elle vaut beaucoup pour qui a déjà passé quelques années à découvrir tard ce qui était su tôt.

Sources

  • Shalom Schwartz, « An overview of the Schwartz theory of basic values », Online Readings in Psychology and Culture, 2012. Lire la synthèse
  • Shalom Schwartz et Jan Cieciuch, « Measuring the refined theory of individual values in 49 cultural groups », Assessment, 29(5), 2021. Voir la validation
  • Shani Mentser et Lilach Sagiv, « Cultural and personal values interact to predict divorce », Communications Psychology, 3, 2025. Lire l'étude
  • Reine van der Wal et al., « Values in romantic relationships », Personality and Social Psychology Bulletin, 2023. Voir les cinq études
  • Danioni et al., questionnaire de valeurs pour les couples, Personal Relationships, 2023. Voir l'étude
  • Laurent Benarbia, Les Îles-cultures. Géographie des mythologiques françaises, Le Lys Bleu Éditions, 2025. Voir l'ouvrage et la méthode Ethnostyles
  • Samantha Joel, Paul Eastwick et Eli Finkel, « Is romantic desire predictable? », Psychological Science, 2017. Lire l'étude
  • R. Matthew Montoya, Robert Horton et Jeffrey Kirchner, méta-analyse sur la similarité réelle et perçue, Journal of Social and Personal Relationships, 2008. Voir la méta-analyse
  • Nicole Tidwell, Paul Eastwick et Eli Finkel, « Perceived, not actual, similarity predicts initial attraction in a live romantic context », Personal Relationships, 20(2), 2013. Lire l'étude

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