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Le Big Five

Cinq coeurs qui représentent les cinq dimensions du big five. Illium l'application de l'amour pour les célibataires et les couples.

Ce qu'elle mesure

Le Big Five décrit une personnalité par cinq dimensions continues : l'ouverture à l'expérience, la conscienciosité, l'extraversion, l'agréabilité et la stabilité émotionnelle, souvent citée sous son revers, le névrosisme.

Il ne produit pas des types mais des scores. Tout le monde possède les cinq dimensions, et ce qui distingue deux personnes est la position qu'elles occupent sur chacune.

Son origine est linguistique et l'idée est astucieuse. Si un trait compte dans la vie sociale, une langue a fini par lui donner un mot : Gordon Allport et Henry Odbert avaient recensé 17 953 termes de ce genre en 1936.

Les analyses factorielles menées sur ce vocabulaire ont progressivement fait émerger cinq facteurs, dégagés dès 1961 par Tupes et Christal, puis nommés et diffusés à partir des années 1980. C'est aujourd'hui le modèle de référence de la psychologie universitaire, et le mètre étalon auquel on compare le MBTI ou l'ennéagramme.

Sa diffusion hors du laboratoire reste pourtant faible, et le contraste est frappant. Le modèle le mieux établi de la discipline est aussi le moins connu du public, largement dominé par des systèmes qu'il a contribué à disqualifier.

L'explication tient sans doute à sa forme. Cinq curseurs continus se racontent mal en soirée, là où quatre lettres ou un signe circulent tout seuls.

Une précision décide pourtant de l'usage qu'on peut en faire ici. Il décrit une personne, pas une paire, et rien dans le modèle ne dit quel score va avec quel autre.

Comment ça fonctionne

Cinq dimensions et leurs facettes

Chaque dimension se décompose en facettes plus fines, six par dimension dans l'inventaire de référence. Dans l'inventaire le plus complet, l'extraversion se subdivise en chaleur, grégarité, assertivité, activité, recherche de sensations et émotions positives.

Cette granularité compte davantage qu'on ne le croit. Deux personnes ayant le même score global d'extraversion peuvent différer complètement au niveau des facettes, l'une chaleureuse et peu assertive, l'autre l'inverse.

La mesure va de questionnaires de 240 items à des versions de dix. Les scores s'expriment en centiles par rapport à une population de référence, ce qui rend un résultat interprétable seulement si l'on sait à quoi il est comparé.

Une propriété distingue ce modèle de tous les autres examinés ici. Sa structure a été retrouvée indépendamment, par des équipes différentes, dans des langues sans lien entre elles, à partir du seul vocabulaire de chaque langue.

Ce n'est pas un système inventé puis diffusé, comme les seize types ou les neuf types. C'est une régularité que plusieurs chercheurs ont rencontrée en cherchant autre chose, ce qui explique la confiance qu'on lui accorde.

Effet acteur, effet partenaire, effet de similarité

Ce vocabulaire est le cœur méthodologique de toute la question de la compatibilité, et il mérite trois phrases d'explication, parce qu'il tranche la plupart des débats.

L'effet acteur relie votre propre trait à votre propre satisfaction, l'effet partenaire et l'effet de similarité désignant les deux autres cas. L'effet partenaire relie le trait de votre partenaire à votre satisfaction. L'effet de similarité mesure ce qu'ajoute la ressemblance entre les deux, une fois les deux premiers pris en compte.

Seul le troisième est un effet de compatibilité. Les deux premiers décrivent des personnes prises séparément, et les confondre avec un appariement est l'erreur la plus répandue du domaine.

Le partage réel entre les trois effets

La mesure de référence date de 2010. Dyrenforth, Kashy, Donnellan et Lucas ont analysé trois échantillons nationalement représentatifs, en Australie, en Grande-Bretagne et en Allemagne, portant au total sur environ vingt mille couples.

Le partage est sans ambiguïté. Les effets acteur expliquent autour de 6 % de la variance de la satisfaction conjugale, les effets partenaire de 1 à 3 %, et les effets de similarité moins de 0,5 % une fois les deux premiers contrôlés.

Un travail publié en 2019, qui a suivi 192 couples allemands pendant quatre ans en recourant à l'apprentissage automatique, aboutit au même endroit. Ni l'effet partenaire ni l'effet de similarité n'ajoutent quoi que ce soit à l'effet acteur.

« La qualité de relation perçue par un partenaire dépend surtout de ses propres traits de personnalité. » PLOS ONE, 2019, traduit de l'anglais

Ces deux résultats convergent depuis des sources indépendantes, sur des méthodes différentes et des populations différentes. C'est ce qui leur donne leur poids.

Les forces

La première force du Big Five est sa maturité psychométrique. Dimensions continues, normes de population, stabilité connue, héritabilité estimée, réplication dans des dizaines de langues : aucune autre méthode de cette série n'atteint ce niveau.

La deuxième est qu'il prédit vraiment quelque chose. L'effet partenaire existe, et il est utilisable : vivre avec une personne agréable, consciencieuse et émotionnellement stable va de pair avec une satisfaction plus élevée, quelle que soit sa propre personnalité.

La troisième tient à son honnêteté déclarée. Le modèle n'a jamais prétendu être un instrument d'appariement, et ce sont ses utilisateurs, pas ses auteurs, qui lui font dire ce qu'il ne dit pas.

La quatrième est son rôle d'étalon. C'est parce qu'il existe qu'on peut affirmer que deux des quatre axes du MBTI recoupent des dimensions établies, ou que les sous-échelles de l'ennéagramme se comportent de façon cohérente.

Enfin, sa nature continue le protège d'un défaut propre aux typologies. Personne ne s'identifie à un centile, là où quatre lettres ou un chiffre de type deviennent facilement une carte d'identité.

Il faut lui ajouter une qualité rarement mentionnée hors des laboratoires. Ses dimensions se relient à des résultats de vie mesurés sur des décennies, notamment la stabilité émotionnelle, dont l'association avec le devenir conjugal est l'une des plus anciennes de la discipline.

Autrement dit, on sait ce que ces cinq nombres signifient, et on le sait à partir de suivis longs. C'est le contraire d'une typologie qui décrit sans jamais avoir été confrontée au temps.

Les limites

La limite décisive pour un usage amoureux est la plus simple à énoncer. L'effet de similarité, le seul qui corresponde à ce qu'on appelle une compatibilité, pèse moins d'un demi pour cent.

Autrement dit, il ne reste presque rien à faire tourner dans une table d'appariement. Trois autres réserves complètent le tableau.

  • L'effet partenaire n'est pas un appariement, c'est un classement. Il dit que tout le monde gagne à vivre avec quelqu'un d'agréable et de stable, ce qui décrit une désirabilité générale et non une correspondance entre deux personnes.
  • La mesure est déclarative. Elle enregistre une image de soi, et devient orientable dès qu'un résultat compte pour celui qui répond, ce qui est exactement le cas sur une application.
  • Le modèle est muet sur le contenu. Deux personnes également ouvertes et consciencieuses peuvent vouloir des vies opposées, parce qu'un trait décrit une manière et non une direction.

S'ajoute une difficulté de granularité. Les versions courtes utilisées hors du laboratoire ne mesurent que les cinq grands traits, alors que la différence utile entre deux personnes se loge souvent dans les facettes.

Une objection de fond mérite enfin d'être posée. Décrire quelqu'un par cinq nombres suppose que ces cinq dimensions épuisent ce qui compte, hypothèse que le modèle assume et que ses critiques contestent.

L'honnêteté oblige à dire qu'il s'agit d'un choix de résolution, pas d'une vérité. Cinq dimensions décrivent bien une population, et parfois grossièrement une personne.

Reste une contrainte pratique qui explique son absence des applications. Un questionnaire rigoureux est long, et la longueur est l'ennemie directe de l'inscription.

Une réserve d'usage mérite aussi d'être posée. Un score en centiles n'a de sens que rapporté à une population de référence, et les versions gratuites en ligne n'en publient presque jamais.

Se voir annoncer un score de 70 sur l'agréabilité ne veut rien dire si l'on ignore par rapport à qui. C'est une faiblesse de diffusion plutôt que du modèle, mais elle touche l'utilisateur au même endroit.

Une difficulté propre au couple s'ajoute. La personnalité s'exprime différemment selon le partenaire, et un score obtenu seul ne dit pas comment quelqu'un se comporte à deux.

Il faut enfin noter ce que le modèle partage avec les autres. Il décrit un tempérament, c'est-à-dire la texture d'une relation, et non les sujets sur lesquels un couple devra se mettre d'accord.

En résumé

C'est le modèle le plus solide de cette série, et il donne la réponse la plus claire à la question de la compatibilité. Cette réponse est négative, et elle est chiffrée.

Ce qui compte, c'est qui vous êtes et qui est votre partenaire, pas la ressemblance entre les deux. Six pour cent, un à trois pour cent, moins d'un demi pour cent : le classement de ces trois nombres résume vingt ans de recherche.

Chercher un tempérament assorti au sien revient à travailler sur la plus petite des trois parts. C'est le résultat le plus utile qu'on puisse retenir de cette fiche.

Il y a une conséquence pratique à en tirer, et elle est plutôt rassurante. Puisque la ressemblance des tempéraments pèse si peu, une différence de caractère n'est pas un obstacle qu'il faudrait corriger avant de commencer.

Ce que le Big Five décrit remarquablement bien, ce sont des personnes. Ce qui décide de la trajectoire d'un couple se situe encore ailleurs.

Pour aller plus loin

Un trait décrit une manière d'être au monde. Il ne décrit pas la direction dans laquelle une personne veut aller, et c'est cette direction qui met fin aux histoires.

La place des enfants, le rapport à l'argent, le poids de la famille, l'importance du travail, la fidélité, la liberté de mouvement. Aucun de ces sujets ne se déduit d'un score d'agréabilité.

Ces arbitrages sont connus des deux personnes dès le premier jour, mais ne se disent qu'au bout de plusieurs semaines, quand l'attachement rend la conversation coûteuse.

Ils relèvent d'un autre appareil de mesure, tout aussi établi. Le modèle des valeurs de base de Shalom Schwartz décrit une structure de priorités validée dans des dizaines de pays, et un questionnaire de valeurs pour les couples a été publié en 2023 dans Personal Relationships. Comparer ces priorités ne prédit pas une histoire réussie : cela écarte celles qui n'avaient pas de suite possible.

Sources

  • Portia Dyrenforth, Deborah Kashy, Brent Donnellan et Richard Lucas, « Predicting relationship and life satisfaction from personality in nationally representative samples from three countries », Journal of Personality and Social Psychology, 99(4), 2010. Voir la publication
  • « Machine learning meets partner matching: predicting the future relationship quality based on personality traits », PLOS ONE, 2019. Lire l'étude
  • Samantha Joel et al., « Machine learning uncovers the most robust self-report predictors of relationship quality across 43 longitudinal couples studies », PNAS, 2020. Lire l'étude
  • Shalom Schwartz, « An overview of the Schwartz theory of basic values », Online Readings in Psychology and Culture, 2012. Lire la synthèse
  • Danioni et al., questionnaire de valeurs pour les couples, Personal Relationships, 2023. Voir l'étude

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