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Les tests de personnalité (MBTI)

Les différentes composantes du MBTI via des couleurs. Illium l'application de l'amour pour les célibataires et les couples.

Ce qu'elle mesure

Le MBTI ne mesure ni des aptitudes ni des traits d'intensité. Il mesure des préférences : quatre choix binaires qui, combinés, produisent seize types désignés par quatre lettres.

Le premier axe, extraversion ou introversion, porte sur la source d'énergie. Le deuxième, sensation ou intuition, sur la manière de capter l'information : le concret et le détail d'un côté, les liens et les possibilités de l'autre.

Le troisième, pensée ou sentiment, décrit le critère de décision, logique ou humain. Le quatrième, jugement ou perception, décrit le rapport à l'organisation : trancher et planifier, ou garder les options ouvertes.

L'outil vient de Katharine Cook Briggs et de sa fille Isabel Briggs Myers, qui l'ont construit pendant la Seconde Guerre mondiale à partir de Types psychologiques, publié par Carl Jung en 1921. Le premier manuel paraît en 1944.

Ce n'est pas un test de compatibilité, et il n'a jamais été conçu comme tel. Les tables d'appariement entre types sont venues ensuite, produites par la communauté des praticiens puis par les sites grand public.

Son ampleur explique qu'il soit devenu une référence commune malgré cela. Une cinquantaine de millions de personnes l'ont passé, et on compte aux États-Unis environ dix mille entreprises, deux mille cinq cents établissements d'enseignement supérieur et deux cents administrations parmi ses utilisateurs.

Son usage amoureux s'est installé plus tard et par un autre chemin. En Corée du Sud, à partir de 2020, échanger ses quatre lettres est devenu une étape ordinaire d'un début de conversation, au point que certaines annonces de rencontre indiquent les types recherchés.

Comment ça fonctionne

Du questionnaire à la lettre

La forme la plus courante propose des paires d'items entre lesquelles il faut choisir. Chaque réponse ajoute des points à l'un des deux pôles d'un axe, et le pôle qui l'emporte donne la lettre.

Ce mécanisme mérite d'être compris, parce qu'il est à l'origine de la plupart des malentendus. Le résultat est une lettre, mais le calcul est un score. Quelqu'un qui obtient 51 % de préférence pour la pensée reçoit exactement la même lettre T que quelqu'un à 95 %.

La Myers-Briggs Company annonce jusqu'à deux millions de passations par an sous licence. Les versions gratuites en ligne, qui reprennent la nomenclature sans être l'instrument officiel, en produisent un multiple considérable.

Cette distinction a des conséquences concrètes. Le test le plus utilisé dans le monde n'est pas le MBTI mais un questionnaire gratuit qui en emprunte les quatre lettres, y ajoute un cinquième axe et repose en réalité sur le modèle universitaire en cinq facteurs.

Une personne qui annonce son type a donc de bonnes chances de citer un résultat produit par un instrument différent de celui dont elle croit parler. Les quatre lettres circulent bien plus vite que la méthode qui les a produites.

Les fonctions cognitives, l'étage caché

Le niveau où se jouent réellement les raisonnements de compatibilité est rarement expliqué. Derrière les quatre lettres, la théorie place huit fonctions cognitives : sensation, intuition, pensée et sentiment, chacune orientée vers l'intérieur ou vers l'extérieur.

Chaque type possède une pile de quatre fonctions ordonnées : dominante, auxiliaire, tertiaire, inférieure. Un INFJ se décrit ainsi par l'intuition introvertie, le sentiment extraverti, la pensée introvertie et la sensation extravertie.

Les tables d'appariement s'appuient sur ces piles. L'idée courante veut qu'un bon accord associe deux types dont les fonctions faibles de l'un correspondent aux fonctions fortes de l'autre, ce qui produit les couples classiques du genre INFJ et ENTP.

Une variante venue de l'Est

Une école parallèle a poussé la logique bien plus loin. La socionique, formalisée en Lituanie dans les années 1970 par Aušra Augustinavičiūtė, reprend les seize types et définit seize relations intertypes nommées : la dualité, l'activation, le miroir, le conflit.

C'est la construction la plus systématique jamais bâtie sur les types jungiens, et la source réelle de beaucoup de tableaux qui circulent sans être attribués. Elle reste très peu étudiée hors de l'espace russophone.

Un mot enfin sur les pourcentages affichés par les sites de compatibilité. Ils procèdent presque toujours du même calcul : on compte les lettres communes, on pondère selon l'axe, et on ramène le total sur cent.

Deux types partageant trois lettres sur quatre obtiennent ainsi un score élevé, alors que la théorie des fonctions cognitives, qui est censée fonder l'appariement, ne raisonne pas du tout en lettres communes. Le chiffre affiché contredit souvent le modèle dont il se réclame.

Les forces

Le MBTI doit sa longévité à une qualité que ses critiques reconnaissent rarement : il décrit la différence sans la classer. Aucun type n'est présenté comme supérieur, et le vocabulaire évite soigneusement le registre du défaut.

Cela a une conséquence concrète en couple. Dire « j'ai besoin d'être seul pour récupérer » est souvent mal reçu, dire « je suis introverti » passe. L'étiquette absorbe ce que la demande directe aurait de blessant.

Deux des quatre axes tiennent par ailleurs assez bien la comparaison avec les modèles universitaires. L'axe extraversion et introversion recoupe largement la dimension du même nom dans le modèle en cinq facteurs, et l'axe sensation et intuition recoupe l'ouverture à l'expérience.

Enfin, la paire jugement et perception attrape quelque chose que les couples reconnaissent aussitôt. Le rapport au planifié et à l'imprévu est une source de friction quotidienne considérable, et presque jamais nommée avant qu'un outil ne fournisse le mot.

Il faut lui reconnaître un dernier avantage, qui tient à la forme. Quatre lettres se retiennent, se disent en soirée et se comparent en dix secondes, là où un profil en cinq dimensions chiffrées ne se transmet pas.

Cette économie de langage n'est pas un détail. Un outil relationnel ne sert que s'il circule, et le MBTI circule mieux que n'importe quel modèle mieux validé que lui.

Les limites

La difficulté principale n'est pas idéologique, elle est métrologique. Un instrument doit rendre le même résultat sur la même personne à quelques semaines d'intervalle, et celui-ci n'y parvient pas.

Les taux relevés dans la littérature vont de 39 % à 76 % de changement de type après cinq semaines selon les études, et environ la moitié des personnes retestées dans les neuf mois conservent leur type complet. David Pittenger avait déjà rassemblé ces résultats en 1993.

La cause est structurelle. La théorie suppose une distribution en deux bosses, avec de vrais introvertis d'un côté et de vrais extravertis de l'autre. Les données montrent une distribution normale : la plupart des gens se tiennent au milieu, et la lettre est une coupure dans un continuum.

Jung lui-même le disait sans détour, et sa formule vaut mieux que bien des critiques ultérieures.

« Il n'existe pas d'extraverti pur ni d'introverti pur. Un tel homme serait à l'asile. » Carl Jung, Types psychologiques, 1921, traduit de l'anglais

En 1991, l'Académie nationale des sciences américaine concluait qu'il n'existait pas de recherche suffisante et bien conçue pour justifier l'usage du MBTI en orientation professionnelle. Elle jugeait sa popularité préoccupante en l'absence de valeur scientifique établie.

Sur le terrain amoureux, l'éditeur rappelle que l'instrument n'a pas été conçu pour la sélection. Des praticiens interrogés lors de l'engouement coréen de 2022 ont qualifié son usage en rencontre de terrible idea, et Adam Grant résume la position académique : les traits mesurés n'ont presque aucun pouvoir prédictif sur la satisfaction conjugale.

Une contradiction interne mérite enfin d'être relevée, car elle est propre à l'usage amoureux. Le modèle affirme qu'aucun type n'est supérieur à un autre, puis les tables d'appariement classent les combinaisons de la meilleure à la pire.

La hiérarchie que la théorie refuse revient donc par la porte de la compatibilité, et elle produit exactement ce que le MBTI voulait éviter : des personnes écartées sur quatre lettres.

Reste l'objection de fond, et elle vaut pour toutes les typologies de tempérament. Le caractère explique la texture des premiers mois, pas la trajectoire des années suivantes. On se sépare rarement parce que l'un range et l'autre pas.

En résumé

Le MBTI est un excellent objet de conversation et un médiocre instrument de mesure. Les deux choses sont vraies en même temps, et la première explique pourquoi la seconde dérange si peu.

Il donne à des millions de personnes un moyen de formuler leurs besoins sans se justifier, ce qui a une valeur relationnelle réelle. Il ne dit en revanche presque rien de la durée d'un couple.

Les tables d'appariement entre types forment une construction de praticiens, cohérente et souvent élégante, mais bâtie sur une catégorisation dont la stabilité n'est pas établie. Un modèle qui change entre deux passations ne peut pas fonder un appariement.

Le problème n'est d'ailleurs pas la mesure du tempérament. C'est ce qu'on lui demande de prédire.

Pour aller plus loin

La plus grande étude disponible sur la question a rassemblé 43 recherches longitudinales et 11 196 couples. Ce qu'une personne ressent de sa relation y explique jusqu'à 45 % de la variation de sa satisfaction, contre au plus 21 % pour ses caractéristiques individuelles.

Sa conclusion mérite d'être citée telle quelle : la personne que l'on choisit compte beaucoup moins que la relation que l'on construit. Aucune méthode d'appariement, celle-ci comprise, n'échappe à ce constat.

Ce résultat ne ferme pas la question, il déplace l'objet de la mesure. Puisque le tempérament prédit peu, la question utile devient : sur quoi deux personnes risquent-elles de buter durablement ? Les enfants, l'argent, la famille, la place du travail, la fidélité.

Ces arbitrages relèvent des valeurs, que la psychologie mesure depuis les années 1990 avec le modèle de Shalom Schwartz. Ils ne disent pas qui l'on va aimer. Ils écartent les situations sans issue, ce qui est un objectif plus modeste et nettement plus tenable.

La différence avec une table de types tient à trois conditions, qui valent pour n'importe quelle méthode d'appariement : la mesure doit rester stable dans le temps, elle doit porter sur ce qui provoque réellement les ruptures, et elle doit être difficile à orienter par celui qui répond.

Les typologies de tempérament échouent surtout sur la première condition, et les tests de compatibilité déclaratifs sur la troisième. Une comparaison de priorités s'en tire mieux sur les trois, sans pour autant devenir une prédiction.

Sources

  • David Pittenger, « Measuring the MBTI and coming up short », Journal of Career Planning & Placement, 1993. Lire l'article
  • National Research Council, In the Mind's Eye: Enhancing Human Performance, National Academy Press, 1991. Consulter le rapport
  • The Myers-Briggs Company, MBTI Facts, page officielle. Voir la position de l'éditeur
  • Lisa Bobby, entretien sur l'usage du MBTI en rencontre, CNBC, 2022. Lire l'entretien
  • Samantha Joel et al., « Machine learning uncovers the most robust self-report predictors of relationship quality across 43 longitudinal couples studies », PNAS, 2020. Lire l'étude
  • Shalom Schwartz, « An overview of the Schwartz theory of basic values », Online Readings in Psychology and Culture, 2012. Lire la synthèse

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