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L'ennéagramme

Neuf types organisés en figure, avec des ailes, des flèches et vingt-sept sous-types. C'est le modèle le plus riche de cette série sur le plan de la dynamique, et celui dont les éléments secondaires sont les moins testés.

Deux personnes qui tiennent des chiffres qui représentent leurs numéros énéagrammes. Illium l'application de l'amour pour les célibataires et les couples.

Ce qu'elle mesure

L'ennéagramme est une typologie en neuf types, définis par des motivations plutôt que par des comportements. Il décrit ce qu'une personne cherche fondamentalement à obtenir, et ce qu'elle cherche à tout prix à éviter.

C'est sa vraie différence avec les typologies de préférences. Et elle est de fond. Deux personnes peuvent accomplir exactement le même geste pour des raisons opposées. Ce modèle est le seul de cette série construit pour le dire.

Les neuf types se répartissent en trois centres. Chacun s'organise autour d'une émotion difficile.

Centre instinctifLa colèreTypes 8, 9 et 1.
Centre émotionnelLa honteTypes 2, 3 et 4.
Centre mentalLa peurTypes 5, 6 et 7.

Reste la question de l'origine. Elle mérite d'être posée dès l'entrée, parce qu'elle est souvent mal racontée.

Le symbole arrive en Occident par Georges Gurdjieff dans les années 1920. Mais Gurdjieff n'y associait aucun système de types.

Les neuf types sont l'œuvre d'Oscar Ichazo, au Chili, dans les années 1960. Son travail est transmis à Claudio Naranjo en 1970, puis diffusé aux États-Unis. Le principal promoteur du modèle l'écrit lui-même, ce qui règle le débat sur son ancienneté.

« La combinaison de ces traditions avec le symbole de l'ennéagramme est purement sa création. » The Enneagram Institute, à propos d'Oscar Ichazo, traduit de l'anglais

Comment ça fonctionne

Neuf motivations de base

Chaque type se définit par une peur fondamentale, et par le désir qui lui répond.

Le 1 veut être juste et redoute la corruption. Le 2 veut être aimé et redoute d'être rejeté. Le 3 veut réussir et redoute de n'avoir aucune valeur. Le 4 veut être unique et redoute d'être sans identité.

Le 5 veut comprendre et redoute d'être démuni. Le 6 veut être en sécurité et redoute d'être sans appui. Le 7 veut être comblé et redoute d'être privé. Le 8 veut garder le contrôle et redoute d'être dominé. Le 9 veut la paix intérieure et redoute la rupture du lien.

La description tenue par le modèle est comportementale en surface. En profondeur, elle est motivationnelle.

Une couche plus ancienne complète l'ensemble. Elle vient de la tradition spirituelle dont Ichazo est parti : chaque type est associé à une passion.

Colère pour le 1, orgueil pour le 2, vanité pour le 3, envie pour le 4, avarice pour le 5. Peur pour le 6, gourmandise pour le 7, démesure pour le 8, paresse intérieure pour le 9.

À chaque passion répond une vertu. Le modèle prend ainsi une dimension morale que les typologies psychologiques n'ont pas.

Les ailes et les flèches

En plus de son type de base, chaque personne porte une aile : l'un des deux types voisins sur la figure, qui colore l'ensemble. Un 9 se déclinera en 9 avec aile 8 ou en 9 avec aile 1. Les deux se ressemblent peu.

Les flèches sont l'apport le plus original du modèle. Sous stress, chaque type glisse vers les traits moyens d'un autre, selon la séquence 1-4-2-8-5-7-1 et le triangle 9-6-3-9. En progression, le mouvement s'inverse : il suit 1-7-5-8-2-4-1, ainsi que 9-3-6-9.

Le modèle décrit donc un déplacement, là où les autres typologies décrivent une position.

Vingt-sept sous-types et neuf niveaux

Trois variantes instinctives se superposent aux neuf types : la conservation, le rapport social et le tête-à-tête. Leur croisement produit vingt-sept sous-types. Deux 4 de variantes différentes peuvent sembler appartenir à des types distincts.

S'ajoutent enfin les neuf niveaux de développement formalisés par Don Riso et Russ Hudson : trois sains, trois moyens, trois pathologiques. Un même type ne se reconnaît pas d'un niveau à l'autre.

Reste le typage, c'est-à-dire la façon dont on détermine son propre type. Plusieurs questionnaires existent. Le plus connu est le RHETI, mis au point par Don Riso et Russ Hudson.

Les praticiens leur accordent pourtant peu de crédit, et le disent. La voie recommandée reste la lecture des neuf portraits, l'auto-observation sur plusieurs mois et, souvent, l'échange avec un accompagnateur.

Cette richesse a une conséquence directe sur la compatibilité, et elle est rarement tirée. Un tableau qui associe un type 4 à un type 9 ignore l'aile, la variante instinctive et le niveau. C'est-à-dire l'essentiel de l'information que le modèle prétend porter.

Les forces

Premier apport, et il est réel : la motivation plutôt que le comportement. Savoir qu'un partenaire agit par peur d'être rejeté, ou par peur d'être dominé, change la lecture qu'on fait d'une même réaction.

Deuxième force : les niveaux de développement. Presque aucune typologie grand public n'en propose l'équivalent.

Le modèle affirme explicitement qu'un même type peut être généreux ou destructeur selon son état.

Ce point désamorce le déterminisme des étiquettes.

Les flèches ajoutent une troisième dimension utile. Elles donnent aux couples un langage pour décrire ce qui arrive à l'autre pendant une période difficile. Le comportement de crise n'est plus traité comme la vraie nature de la personne.

La revue systématique de 2021 relève par ailleurs que les sous-échelles se corrèlent de façon cohérente avec le modèle universitaire en cinq facteurs. Plusieurs travaux soutiennent aussi son utilité en développement personnel.

La pratique elle-même exige de la lenteur. Les praticiens sérieux demandent des mois d'auto-observation avant de conclure à un type. C'est une forme d'honnêteté que peu d'outils s'imposent.

En accompagnement de couple, cette lenteur devient un avantage. Le travail porte sur ce que chacun cherche à éviter. Des réactions qui paraissaient arbitraires deviennent alors intelligibles.

Enfin, le modèle refuse de désigner de mauvais appariements. Sa position officielle : toutes les combinaisons peuvent fonctionner. Cela le met en porte-à-faux avec les tableaux publiés en son nom.

Les limites

La revue de référence est celle de Joshua Hook et de ses collègues, publiée en 2021 dans le Journal of Clinical Psychology. Elle couvre 104 échantillons indépendants. Sa conclusion : des preuves inégales.

Trois résultats précis en ressortent. Ils ne pèsent pas du même poids.

1Moins de neuf facteursLes analyses factorielles font systématiquement apparaître moins de neuf dimensions. Cela suggère que certains types ne se distinguent pas statistiquement les uns des autres.
2Aucune dérivation à partir des donnéesLes techniques de regroupement, qui feraient émerger neuf profils du matériau lui-même, n'ont pas été appliquées. Les neuf types restent posés au départ.
3Presque rien sur les ailes et les flèchesLes recherches qui soutiennent ces éléments secondaires sont très peu nombreuses. Ce sont pourtant eux qui font l'originalité du modèle.

Ce troisième point est le plus gênant pour l'usage amoureux. Le raisonnement de compatibilité s'appuie précisément sur la partie la moins étayée de l'ensemble : la dynamique des flèches et le jeu des ailes.

Une deuxième difficulté vient de la méthode de typage. Les praticiens jugent les questionnaires peu fiables et recommandent de trouver son type par observation prolongée. La position est cohérente. Elle rend pourtant impossible tout appariement automatisé.

Une troisième tient à la richesse même du système. Neuf portraits, déclinés en ailes, en variantes et en niveaux, offrent tant de combinaisons que presque chacun peut se reconnaître quelque part. C'est exactement la configuration où l'effet Forer opère le mieux.

Cette abondance a un second effet, moins souvent relevé. Un modèle qui peut expliquer n'importe quelle conduite après coup, en invoquant le niveau ou la flèche de stress, devient difficile à mettre en défaut.

Une théorie que rien ne peut contredire n'est pas nécessairement fausse.

Elle sort simplement du terrain où l'on peut la vérifier. C'est une chose à savoir avant de lui confier un tri de profils.

Reste enfin le périmètre. L'ennéagramme décrit ce qui met une personne en mouvement, pas ce vers quoi le couple se dirige. Comprendre la peur fondamentale de l'autre aide à traverser une dispute. Cela ne dit rien de ce que les deux veulent bâtir.

En résumé

Non, l'ennéagramme ne permet pas de savoir si un couple va durer. La partie du modèle sur laquelle reposent les raisonnements de compatibilité, les ailes et les flèches, reste pratiquement sans validation.

C'est pourtant le modèle le plus intéressant de cette série sur le plan conceptuel. Il vise les motivations plutôt que les conduites. Il décrit du mouvement plutôt qu'une position. Et il refuse de figer une personne dans un état.

Ces qualités sont réelles. Elles expliquent son adoption durable en accompagnement. Mais la partie testée du modèle est aussi la moins spécifique.

Un système qui demande des mois d'auto-observation pour livrer un type ne peut pas fonder un appariement rapide. Ses meilleurs praticiens le disent volontiers.

La contradiction la plus nette est d'ailleurs interne. Le modèle affirme que toutes les combinaisons peuvent fonctionner. Les tableaux publiés en son nom classent pourtant les paires du meilleur au pire.

Employé pour comprendre un conflit, il est précieux.

Employé pour trier des profils, il demande à ses tableaux une précision qu'il n'a jamais revendiquée.

Pour aller plus loin

Comprendre la peur fondamentale de quelqu'un aide à traverser une dispute. Cela ne dit pas si les deux personnes veulent la même vie.

C'est pourtant là que se jouent les séparations. La place des enfants, le rapport à l'argent, le poids de la famille. L'importance du travail, la fidélité, la liberté de mouvement.

Une méthode utile au moment de la rencontre doit remplir trois conditions.

Rester stable dans le temps.Porter sur ce qui provoque réellement les ruptures.Résister à celui qui voudrait orienter ses réponses.

Les typologies de tempérament butent surtout sur la première. Les questionnaires de compatibilité déclaratifs, sur la troisième. Une comparaison de priorités s'en tire mieux sur les trois, sans devenir pour autant une prédiction.

Ces arbitrages sont connus des deux personnes dès le premier jour. Ils ne se disent pourtant qu'au bout de plusieurs semaines, quand l'attachement rend la conversation risquée.

La psychologie sait les mesurer. Le modèle des valeurs de base de Shalom Schwartz décrit une structure de priorités validée dans des dizaines de pays. Un questionnaire de valeurs pour les couples a été publié en 2023 dans Personal Relationships.

Comparer ces priorités ne prédit pas une histoire réussie. Cela écarte celles qui n'avaient pas de suite possible.

Sources

  • Joshua Hook et al., « The Enneagram: a systematic review of the literature and directions for future research », Journal of Clinical Psychology, 2021. Voir la revue
  • The Enneagram Institute, histoire documentée du modèle et rôle d'Oscar Ichazo. Lire la page
  • The Enneagram Institute, fonctionnement du système, ailes, flèches et niveaux de développement. Consulter la référence
  • Samantha Joel et al., « Machine learning uncovers the most robust self-report predictors of relationship quality across 43 longitudinal couples studies », PNAS, 2020. Lire l'étude
  • Shalom Schwartz, « An overview of the Schwartz theory of basic values », Online Readings in Psychology and Culture, 2012. Lire la synthèse
  • Danioni et al., questionnaire de valeurs pour les couples, Personal Relationships, 2023. Voir l'étude

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