
Quatre organisations financières se rencontrent dans les couples aux revenus inégaux, et elles ne produisent pas les mêmes effets sur ce qui reste à chacun. Description des mécanismes, du calcul au prorata, et des questions que chaque formule laisse ouvertes.

Pour gérer un écart de revenus, les couples répartissent leurs dépenses communes selon quatre formules : tout en commun, moitié-moitié, au prorata, ou chacun ses postes. Ces formules ne laissent pas à chacun le même reste.
Deux personnes qui vivent ensemble doivent répartir des dépenses communes. Un loyer, des courses, des factures, des vacances.
Quand les revenus sont proches, la question ne se pose pas vraiment. Quand ils ne le sont pas, chaque formule produit un résultat différent, et les écarts sont considérables.
La question est très largement partagée. L'Insee mesure que trois femmes sur quatre en couple gagnent moins que leur conjoint.
Partager les dépenses en deux parts égales quand les revenus sont inégaux revient à répartir l'effort de façon très inégale.
Quatre organisations reviennent. Elles se distinguent par ce qu'elles prennent comme base de calcul.
Avec le tout en commun, la question de la contribution disparaît. Sophie Ponthieux relève que 63 % des couples français déclarent une mise en commun totale de leurs revenus, une proportion inférieure à la moyenne européenne.
Le moitié-moitié est la formule la plus simple à administrer. Au prorata, un conjoint qui apporte 60 % des revenus règle 60 % des charges. Avec chacun ses postes, il n'y a pas de calcul d'ensemble : la répartition dépend du montant relatif des postes retenus.
Ce Journal ne recommande aucune de ces formules. Elles produisent en revanche des résultats très différents, qui méritent d'être calculés.
Un exemple chiffré vaut mieux qu'une explication. Il suffit à montrer le mécanisme.
Prenons un couple où l'un perçoit 3 000 euros par mois et l'autre 1 800. Cet écart correspond à peu près à l'écart moyen mesuré par l'Insee entre conjoints.
Leurs dépenses communes s'élèvent à 2 000 euros, partagées en deux parts égales. Chacun verse 1 000 euros.
Il reste alors 2 000 euros au premier et 800 euros au second. Le premier conserve 67 % de son revenu, le second 44 %.
L'effort n'est donc pas partagé également, alors que la somme versée l'est.
Répartissons la même dépense au prorata. Le premier verse environ 1 250 euros et le second 750. Chacun conserve la même proportion de son revenu.
Le calcul n'a rien de compliqué. Il est pourtant rarement fait, ce qui explique une bonne partie des tensions sur ce sujet.
Le mot équitable recouvre les deux formules, selon qui l'emploie. Verser la même somme paraît équitable à l'un. Conserver la même part de son revenu paraît équitable à l'autre. Les deux positions se défendent, et elles ne se rejoignent jamais.
Un point de comparaison existe. Il vient d'un endroit inattendu.
Pour comparer les niveaux de vie de ménages de tailles différentes, l'Insee divise le revenu par un nombre d'unités de consommation : 1 pour le premier adulte, 0,5 par personne supplémentaire de 14 ans ou plus, 0,3 par enfant de moins de 14 ans.
Ce calcul suppose deux choses. Les ressources du foyer sont mises en commun. Et elles bénéficient également aux deux personnes.
La statistique publique attribue par construction le même niveau de vie aux deux membres d'un couple.
Elle le fait quel que soit l'écart entre leurs revenus. Cette convention est commode pour comparer des foyers entre eux. Elle devient trompeuse dès qu'on veut décrire ce qui se passe à l'intérieur des couples, dont plus d'un tiers ne met pas tout en commun.
Le droit du mariage adopte de son côté une règle explicite. Le code civil prévoit que les époux contribuent aux charges du mariage à proportion de leurs facultés respectives. Cette règle correspond au calcul au prorata.
Ces éléments sont donnés à titre d'information générale et ne constituent pas un conseil juridique.
Aucune de ces organisations ne règle tout par elle-même. Plusieurs questions restent ouvertes.
La première porte sur l'épargne. Un couple peut partager parfaitement ses dépenses courantes et voir un seul des deux accumuler un patrimoine, si le reste à vivre diffère fortement.
La deuxième porte sur le travail domestique. Aucune de ces formules ne le prend en compte. Il représente pourtant un volume d'heures considérable, et il se répartit rarement à parts égales.
La troisième porte sur les périodes d'écart maximal. Un congé parental ou un temps partiel modifient le rapport de contribution pendant plusieurs années. La formule choisie au départ n'est pas toujours révisée.
La quatrième porte sur ce qui se passe en cas de séparation, question distincte et traitée ailleurs dans ce sujet.
Une cinquième, plus discrète, porte sur les dépenses jugées communes. Un abonnement sportif, une voiture ou des vacances peuvent relever du budget commun chez les uns et du budget personnel chez les autres. Cette frontière n'est presque jamais posée explicitement.
Ponthieux note enfin un résultat utile. La liberté déclarée sur les dépenses personnelles est plus forte quand les revenus sont au moins partiellement séparés. Les décisions importantes, elles, se déclarent équilibrées quelle que soit l'organisation.
Pour aller plus loin : ce que le choix des comptes révèle et les quatre façons d'organiser l'argent d'un couple.
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