
Un quart des couples récents se sont rencontrés en ligne, contre 2 % au début des années deux mille. Inventaire complet des proportions par lieu, de leurs sources, de leur évolution et de ce que ces enquêtes ne parviennent pas à mesurer.

Selon les travaux de l'Ined tirés de l'enquête Erfi2, 24 % des premiers couples ayant commencé à cohabiter entre 2020 et 2024 se sont rencontrés en ligne. Un quart des couples récents, donc.
Cette proportion circule partout dès qu'il est question de rencontres aujourd'hui. Elle mérite d'être rapportée à sa source.
Le périmètre est précis, et il limite la portée du chiffre. Il s'agit de premiers couples cohabitants, sur une période de cinq ans. Pas de l'ensemble des relations formées en France.
Un quart des couples récents se sont rencontrés en ligne, et trois quarts ne s'y sont pas rencontrés.
Le même indicateur, mesuré vingt ans plus tôt, donne l'ampleur du mouvement.
L'enquête Contexte de la sexualité en France, menée en 2006 auprès de 12 364 personnes de 18 à 69 ans, relevait 2 % de couples formés par internet dans la première moitié des années deux mille.
De 2 % à 24 % en une vingtaine d'années. La progression est parmi les plus rapides qu'une pratique sociale ait connues en France.
Deux précautions accompagnent cette lecture.
La première : les deux enquêtes n'ont ni le même périmètre ni la même formulation. On ne peut donc pas traiter la série comme une mesure continue.
La seconde : la progression concerne surtout les couples récents. Sur l'ensemble de la population en couple, toutes générations confondues, la part reste très inférieure.
Cette distinction se perd constamment dans les commentaires.
Une proportion mesurée sur les couples formés en cinq ans ne décrit pas l'état des couples français. Elle décrit un flux.
Le mot aujourd'hui recouvre donc deux réalités très différentes. Il y a les couples qui se forment, et ceux qui existent.
L'enquête de 2006 fournit le tableau le plus détaillé disponible sur les lieux de rencontre du premier conjoint.
Ce tableau porte sur des rencontres étalées de 1984 à 2006. D'où les écarts avec les séries par décennie.
Les travaux plus récents de l'Ined actualisent trois de ces lignes. Les études supérieures montent à 20 %. Les amis redescendent à 19 %, après un maximum de 26 %. Les événements festifs tombent à 9 %.
Aucun lieu ne dépasse aujourd'hui le quart des rencontres. La caractéristique la plus notable de la période est l'absence de dispositif dominant.
Aucune décennie précédente n'était dans cette situation. Le bal des années soixante, avec jusqu'à un quart des rencontres à lui seul, structurait le paysage d'une manière qu'aucun lieu contemporain n'approche. Sur la période 1984-2006, il ne pesait déjà plus que 4 % en moyenne.
Les moyennes nationales masquent des différences considérables, selon le diplôme et selon le sexe.
Chez les diplômés du supérieur, 27 % ont rencontré leur conjoint à l'université. Chez les personnes peu diplômées, 44 % l'ont rencontré dans un espace public ouvert.
Sur le premier partenaire, les études représentent 39 % des rencontres chez les hommes, contre 25 % chez les femmes. Les soirées entre amis pèsent 15 % chez les femmes, contre 10 % chez les hommes.
À l'échelle européenne, la part des rencontres en ligne varie de 14 % en Croatie à 27 ou 29 % aux Pays-Bas et au Danemark.
Une constante traverse tous ces écarts. Selon l'Insee, près de quatre personnes en couple cohabitant sur dix vivent avec quelqu'un de la même classe d'emploi : c'est l'homogamie sociale. Cette proportion est stable depuis vingt ans, malgré la recomposition complète des lieux.
C'est le résultat le plus solide de tout le lot. Les lieux ont entièrement changé. Les proportions par lieu ont été bouleversées. La composition sociale des couples, elle, n'a pas bougé.
De quoi rendre prudent devant toute annonce de révolution en la matière.
Reste à poser les limites de tout cet appareil. Cela vaut mieux que de les taire.
Une quatrième limite, plus lourde, mérite d'être signalée. Ces enquêtes portent sur les personnes qui ont formé un couple. Elles laissent hors champ celles qui n'en ont pas formé sur la période considérée.
Les chiffres décrivent donc les trajectoires abouties. C'est utile. Mais ils disent très peu de l'expérience de la recherche elle-même.
Ces limites n'invalident pas les ordres de grandeur, qui sont solides et convergents. Elles rappellent seulement que la donnée décrit des trajectoires racontées, ce qui est déjà beaucoup, comme le montrent le comptage des personnes lassées des applications et ce que les enquêtes ratent des critères réels.
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