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05.09.2026

Quand le bal a disparu, et ce qui l'a remplacé

Le bal, la discothèque, les amis, les applications : quatre régimes de rencontre se sont succédé en soixante ans, chacun remplaçant le précédent avec un décalage. Chronologie détaillée, chiffrée, et lecture de ce que chaque passage a coûté.

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Minutes de lecture

Une série longue, et ce qu'elle montre

Peu de pratiques sociales disposent d'une mesure aussi précise sur soixante ans.

L'enquête Contexte de la sexualité en France, menée par l'Ined et l'Inserm en 2006, a permis à Michel Bozon et Wilfried Rault de reconstituer l'évolution des lieux de rencontre du premier conjoint depuis les années soixante.

Cette série a été prolongée par les travaux plus récents de l'Ined tirés de l'enquête Erfi2.

Quatre régimes de rencontre se sont succédé en soixante ans, et chacun a mis vingt ans à remplacer le précédent.

Le régime du bal, jusqu'aux années soixante-dix

Le premier régime repose sur un événement collectif régulier, ouvert et local.

Le bal représentait environ 25 % des rencontres de conjoint dans les années soixante. Toutes formes festives confondues, bals, fêtes et soirées, la catégorie atteignait 29 % dans les années soixante et soixante-dix.

Ce dispositif avait trois propriétés qu'aucun de ses successeurs ne réunit.

Il était ouvert à tous les habitants d'une commune, sans condition d'entrée autre que la présence. Il se répétait à dates fixes, ce qui permettait de revoir les mêmes personnes. Et il se déroulait sous le regard de tous, ce qui rendait l'observation facile.

Il avait aussi ses duretés, qu'il serait malhonnête d'oublier. Le regard collectif qui informait était aussi celui qui jugeait, et le refus public y coûtait cher.

Le mot bal recouvre par ailleurs des réalités très différentes selon les régions et les décennies : bal du 14 juillet, bal de mariage, bal payant du samedi soir, guinguette. Les enquêtes les rassemblent sous une seule case.

Son déclin commence dans les années soixante-dix et il est brutal : 10 % au début des années quatre-vingt, 1 % au début des années deux mille.

La discothèque, une transition courte

Le deuxième régime prend le relais et ne dure guère plus de vingt ans.

La boîte de nuit représentait 13 % des rencontres au début des années quatre-vingt, puis 9 % au début des années deux mille, et 11 % en moyenne sur l'ensemble de la période étudiée par Bozon et Rault.

Elle conserve du bal le caractère festif et l'ouverture apparente, tout en introduisant deux différences décisives.

L'entrée y est payante et parfois contrôlée, ce qui la fait glisser du lieu public vers quelque chose d'intermédiaire.

La commune y est remplacée par une clientèle, c'est-à-dire par un groupe qui ne se connaît pas et ne se reverra pas nécessairement.

Ce régime perd donc la répétition et l'observation, tout en gardant la diversité. Sa brièveté suggère qu'il constituait moins un système stable qu'un moment de passage.

Un détail confirme cette lecture. Sa part n'a jamais atteint celle du bal à son sommet, alors même qu'elle occupait une place bien plus visible dans les représentations de l'époque.

Un dispositif très présent dans les images d'une génération peut peser assez peu dans ses statistiques, et l'écart entre les deux mérite d'être gardé en tête pour toute la suite.

Les institutions et les amis prennent le relais

Le troisième régime s'installe pendant que les deux premiers s'effacent, et il repose sur des lieux qui ne sont pas faits pour cela.

Les rencontres pendant les études supérieures passent de 10 % dans les années soixante à 20 % aujourd'hui.

Les rencontres par l'intermédiaire d'amis passent de 16 % dans les années soixante à 26 % dans les années deux mille, avant de redescendre à 19 %.

Le travail s'installe autour de 10 %, et les soirées entre amis constituent, dans l'enquête de 2006, le premier lieu de rencontre du conjoint avec 18 % des cas.

Ce régime a une caractéristique nouvelle. Les lieux qu'il mobilise ne sont pas organisés pour produire des rencontres : une université forme, une entreprise produit, un cercle d'amis se fréquente.

La rencontre y devient un effet secondaire, ce qui la rend plus lente et beaucoup plus sélective. On y croise longuement un petit nombre de personnes triées en amont.

En ligne, et le calendrier réel de son arrivée

Le quatrième régime arrive tard, contrairement à ce que suggère le récit courant.

En 2006, l'enquête relevait 2 % de couples formés par internet dans la première moitié des années deux mille.

Aujourd'hui, les rencontres en ligne concernent 24 % des premiers couples ayant commencé à cohabiter entre 2020 et 2024.

Le bal était donc déjà tombé à 1 % quand ce régime en était à 2 %. Les deux mouvements sont séparés par une génération entière.

Cette chronologie déplace complètement la question. Les services en ligne n'ont pas fait disparaître les lieux collectifs, ils sont apparus dans un paysage où ces lieux avaient déjà cédé.

Elle invite aussi à la prudence sur la suite. Chacun des trois régimes précédents a été décrit comme définitif au moment où il dominait, et chacun a cédé en une vingtaine d'années.

Rien n'indique que le quatrième échappe à cette règle, et rien n'indique le contraire. Ce Journal se borne à constater le rythme observé jusqu'ici.

Le décalage entre le retrait d'une institution et l'apparition de ce qui la remplace se retrouve ailleurs dans le Journal, notamment dans le siècle et demi qu'a mis le mariage d'amour à s'imposer. Beth Bailey l'avait déjà décrit pour les États-Unis, où le passage de la visite au domicile à la sortie payante s'est étalé sur plusieurs décennies, comme le rappelle aussi ce que l'entremise a perdu en changeant de mains.

Sources

Pour aller plus loin

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