
Les Européens ne se rencontrent pas aux mêmes endroits. Les écarts entre pays sur les rencontres en ligne, les événements festifs et l'entremise amicale dessinent des configurations nationales, et la France occupe une position intermédiaire.

Les lieux de rencontre ne sont pas les mêmes d'un pays européen à l'autre. Les rencontres en ligne, les événements festifs et l'entremise amicale y pèsent d'un poids très différent, et la France se situe entre les extrêmes.
Une telle comparaison européenne est rare. Les enquêtes sur les lieux de rencontre sont coûteuses et peu nombreuses, ce qui rend toute comparaison internationale difficile.
Les travaux de l'Ined tirés de l'enquête Erfi2 font exception. Ils situent la France par rapport à plusieurs pays européens, sur les mêmes catégories.
Les écarts qu'ils font apparaître ne sont pas marginaux. Et ils ne suivent pas les frontières qu'on attendrait.
Le premier indicateur oppose nettement le nord et le sud-est du continent.
En France, 24 % des premiers couples ayant commencé à cohabiter entre 2020 et 2024 se sont rencontrés en ligne. Aux Pays-Bas et au Danemark, la proportion monte à 27 à 29 %. En Croatie, elle descend à 14 %.
L'écart entre le Danemark et la Croatie dépasse donc le simple au double. La période est la même, la méthode d'enquête aussi.
Deux explications s'offrent. Les données disponibles ne permettent pas de trancher entre elles.
La première tient à l'équipement et aux usages numériques, plus précoces et plus larges dans les pays du nord.
La deuxième tient à ce qui existe encore par ailleurs. Là où les lieux collectifs traditionnels ont tenu, le besoin d'un dispositif de remplacement est plus faible.
Une troisième hypothèse mérite d'être mentionnée, même si les données ne permettent pas de l'évaluer. La déclaration elle-même varie peut-être selon les pays : dire qu'on s'est rencontré en ligne y est plus ou moins facile à assumer.
Les enquêtes reposent sur ce que les gens acceptent de raconter, et cette disposition n'est pas la même partout.
Le deuxième indicateur donne du poids à la deuxième explication. Il est aussi plus parlant que le premier.
En Croatie, les rencontres lors d'événements festifs représentent encore 25 % des premiers couples. En France, la même catégorie est tombée à 9 %, contre 29 % dans les années soixante et soixante-dix.
Les deux séries se répondent presque exactement.
Le pays où l'on se rencontre le moins en ligne est celui où la fête a le mieux résisté.
Ce parallèle ne prouve aucun lien de cause à effet, et ce Journal se garde de l'affirmer. Il indique en revanche que les deux mouvements ne sont pas indépendants.
Le mot modernité, souvent employé pour décrire les rencontres en ligne, mérite d'être écarté ici. Rien n'indique qu'un pays soit en avance sur un autre. Les configurations diffèrent, et la France se situe entre les deux extrêmes.
Le troisième indicateur sépare l'Europe selon une ligne encore différente.
En France, les rencontres par l'intermédiaire d'amis concernent aujourd'hui 19 % des premiers couples. Elles partaient de 16 % dans les années soixante et ont culminé à 26 % dans les années deux mille.
Dans les pays d'Europe du Nord, cette proportion tombe à 11 à 15 %, nettement en dessous du niveau français.
La sociabilité amicale n'y joue donc pas le même rôle dans la formation des couples. Ces pays ne sont pourtant pas moins sociables par ailleurs.
Ce résultat rappelle une distinction posée par Bozon et Héran dès 1988. Les lieux privés, où un tiers réunit les gens, forment une famille à part, dont le poids varie fortement selon les sociétés.
Un ami commun est un intermédiaire qui connaît les deux parties. Sa place dans une société dépend de la densité des réseaux amicaux, de la taille des logements et des habitudes de réception.
Recevoir chez soi suppose un logement où l'on peut recevoir, du temps et une habitude culturelle. Les trois varient énormément d'un pays européen à l'autre, ce qui suffit à expliquer une bonne part de l'écart mesuré.
Reste à interpréter ces écarts. L'exercice demande de la prudence.
Trois logiques semblent se combiner dans chaque pays : ce qui reste des lieux collectifs, l'importance des réseaux amicaux, et la place prise par les dispositifs en ligne.
Ces trois éléments varient ensemble. Là où les deux premiers reculent, le troisième progresse. L'inverse se vérifie aussi.
Aucune de ces configurations n'est plus avancée que les autres.
Ce sont des équilibres différents entre des institutions qui n'ont pas reculé au même rythme.
Une précaution de lecture s'impose sur l'ensemble de ces comparaisons. Les catégories utilisées, événements festifs, en ligne, par des amis, ne recouvrent pas exactement les mêmes réalités d'un pays à l'autre. Les écarts de quelques points doivent donc être lus avec prudence.
Les écarts du simple au double, en revanche, dépassent largement ce que ce type d'imprécision peut produire.
Un point commun demeure d'un bout à l'autre du continent. Selon Eurostat, les ménages d'une personne y forment désormais la catégorie la plus nombreuse, avec 76,1 millions de foyers sur 203,1 millions. Cette évolution touche tous les pays comparés.
C'est probablement le constat le plus important de tout l'article. Partout en Europe, la population susceptible de chercher quelqu'un augmente, pour des raisons démographiques qui n'ont rien à voir avec les rencontres.
C'est le même mouvement que celui décrit dans la progression des personnes vivant seules et dans la comparaison des systèmes matrimoniaux.
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